Article paru sur le site concertclassic.com

extrait de l’article de Michel Roubinet

UN DIMANCHE D’ORGUE PARTICULIER À PARIS ET SAINT-DENIS – DANIEL ROTH ET PIERRE PINCEMAILLE À L’HONNEUR – COMPTE-RENDU

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Les trente ans de titulariat de Pierre Pincemaille

En fin d’après-midi de ce même dimanche, une foule considérable s’était donné rendez-vous en la basilique Saint-Denis pour célébrer les trente ans de titulariat de Pierre Pincemaille (photo). La nef comble disait combien le titulaire des lieux, par la qualité et le nombre de concerts organisés aux claviers du Cavaillé-Coll op. 1 (1841), a su au cours de ces trente années fidéliser un public conscient du privilège de disposer d’un instrument aussi somptueusement singulier. Lequel, ayant bénéficié de soins intensifs cet été après le valeureux récital de Raphaël Tambyeff – grand dépoussiérage et accord – impressionna par une présence plus affirmée que jamais, bénéficiant sans doute aussi de la baisse de la température.

Pierre Pincemaille ne serait pas le musicien que l’on sait s’il se gardait du risque. Aussi avait-il décidé d’ouvrir le programme avec la Pièce d’orgue BWV 572 de Bach, à la mémoire de Mgr Olivier de Berranger, évêque de Saint-Denis de 1996 à 2009. Avec pour le premier volet de ce triptyque, Très vitement, une registration à la fois diaphane et acérée obligeant l’oreille de l’auditeur à faire d’emblée l’effort de la plus extrême concentration, l’ultime section, Lentement, apparaissant telle la résolution de cette tension auditive. Entre les deux – vertige assuré ! – le Gravement sur le grand plein-jeu, renversant de densité et de décente magnificence, fut un moment de grâce d’une éloquente et sereine majesté.

On se souvient que cinq ans auparavant, pour fêter ses vingt-cinq ans de titulariat (6), Pierre Pincemaille avait programmé la Messe solennelle pour deux orgues et chœur op. 16 de Louis Vierne : elle fut de nouveau proposée, au Madrigal de Paris déjà entendu en 2012 s’étant joint pour la circonstance le Chœur de Chambre d’Île-de-France de Jean-Sébastien Veysseyre ; les deux formations étaient dirigées par Pierre Calmelet, chef du Madrigal de Paris. À l’« orgue de chœur » (de nouveau électronique mais pour un équilibre convaincant) : Quentin Guérillot. Le tout rehaussé de quatre cuivres !
Certes, côté équilibre, tout dépend de l’endroit de la nef où l’on est placé. Les chœurs, disposés à la croisée, aussi vaillants et puissants soient-ils, étaient soumis à rude épreuve dans leur confrontation avec le grand orgue. Sans s’être le moins du monde passé le mot, une réflexion fusait à l’issue du concert : lors de la première entrée de l’orgue, on reçut à pleine puissance l’image sonore rêvée de l’orgue de Notre-Dame de Paris tel qu’il était dans les années 50 et 60. Monumental, altier, exerçant une irrépressible attraction sans jamais basculer dans l’excès. La Messe tout entière fut un radieux et solennel frisson musical, à l’image de la sensibilité de Vierne, et de Pincemaille.

Trois Motets a cappella de sa composition s’ensuivirent, par le seul Madrigal de Paris : Pater NosterAve MariaAve Verum. Le deuxième figurait au programme de 2012, les deux autres, tout aussi magnifiques et dans la veine Ravel-Duruflé individualisée et prisée par Pierre Pincemaille, étaient donnés en première audition. L’immensité du lieu n’est pas le meilleur gage d’intelligibilité – il faudrait les proportions et la lumière de Saint-Étienne-du-Mont pour goûter à souhait les subtilités harmoniques des parties –, mais impact et séduction furent bel et bien au rendez-vous, faisant naître le désir de réentendre ces pages.

Le concert se referma dans la grandeur et la concision sur les sept versets de l’hymne grégorienne des vêpres de la Toussaint Placare Christe servulis, traités en alternance par le chœur et le grand orgue, Pierre Pincemaille optant pour un format liturgique : un développement chaque fois scrupuleusement calibré, esthétiquement et formellement maîtrisé, sans nulle redite ou redondance – l’équilibre même, servi par un art de la registration et une acuité de l’articulation qui, sur cet orgue dont on sait la difficulté de maniement, laisse pantois. Chapeau bas devant tant de souplesse, de pure aisance et d’inspiration, de « naturel » et de « domination du sujet », des sublimes flûtes harmoniques jusqu’au tutti de l’instrument.

Un dimanche à marquer d’une pierre blanche pour deux anniversaires plus que dignement célébrés.

Michel Roubinet

 

(6) http://www.concertclassic.com/article/pierre-pincemaille-saint-denis-25-ans-aux-claviers-du-cavaille-coll-op-1-compte-rendu

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